C'est une question qu'on me pose de plus en plus souvent. Réponse courte : non.
Réponse longue, avec un 45 tours, une dame en manteau de fourrure et un peu de mauvaise foi assumée : la voici.
J'ai mixé en vinyle. Et j'ai adoré ça.
Commençons par là, parce que je ne vais pas jouer les faux modestes : j'ai mixé sur une belle paire de Technics SL1200, avec environ 700 disques. Le geste, le poids de la galette, le diamant qu'on pose — je sais exactement ce que ces DJ défendent quand ils parlent de vinyle. Je l'ai vécu.
C'est justement pour ça que je peux en parler.
700 disques, c'est 700 titres
Et c'est là que ça coince.
Sept cents disques, ça remplit une voiture. C'est un volume considérable, un poids infernal, des caisses à monter, à descendre, à protéger de la pluie. Et au bout du compte, ça vous donne accès à… sept cents morceaux.
Pour un mariage, j'estime le besoin à environ 3 000 titres disponibles. Pas 3 000 titres joués — 3 000 titres qu'il faut pouvoir sortir si la soirée les réclame. Et rien que les classer soigneusement pour les retrouver en trois secondes, c'est déjà beaucoup de travail.
Sept cents, c'est un quart du strict nécessaire, transporté dans dix fois le volume.
Ce que j'emporte aujourd'hui
Je travaille avec un contrôleur « tout-en-un », capable de fonctionner seul depuis une clé USB ou un disque dur. Mais mon Mac reste connecté en MIDI, et c'est lui que j'utilise 90 % du temps.
Pourquoi ? La rapidité. Il m'arrive de changer un titre à la dernière seconde, parce que je sens que la série n'a pas besoin d'un morceau de plus. Avec une bibliothèque bien rangée, cette décision prend deux secondes. Dans une caisse de vinyles, elle est impossible.
Les clés USB, elles, sont là pour le cas où. Parce que oui, même un ordinateur à plusieurs milliers d'euros a besoin de souffler de temps en temps, et les logiciels sont de plus en plus gourmands en ressources. L'essentiel, c'est que vous ne le voyiez jamais.
Et surtout : le choix. Dans mon Mac, il y a plus de 18 000 morceaux. C'est trop, j'en ai bien conscience. Mais c'est du choix. Et avec une bonne connexion, le streaming élargit encore la réserve. Je ne saurais plus m'en passer.
« Madame, je ne peux pas passer votre disque… mais je l'ai »
Voilà pourquoi le choix compte vraiment.
Un mariage dans le Nord, à la frontière belge. Une dame très âgée s'approche de la régie, son manteau de fourrure sur les épaules, un 45 tours à la main. D'une voix tremblante : « Pourriez-vous mettre cette musique, s'il vous plaît ? »
Un clin d'œil à son mari disparu.
Je lui ai souri. « Madame, je ne peux pas passer votre vinyle. Mais je vais pouvoir vous faire plaisir : je l'ai dans ma collection. »
J'aurais pu faire la plus belle prestation de ma carrière ce soir-là : si je n'avais pas eu ce titre, à ses yeux, j'aurais échoué. Complètement.
Voilà ce que le mot « choix » veut dire. Pas une ligne dans une plaquette commerciale — une dame qui repart avec sa chanson.
« Mais la qualité du son ! »
C'est l'argument qui revient le plus souvent. Disons-le simplement : la dynamique des lecteurs actuels est largement supérieure à ce dont on disposait autrefois. Sur une piste de danse, dans une salle, avec une sonorisation correctement réglée, la différence ne se joue pas là.
Je suis d'ailleurs tout à fait partant pour faire l'essai côte à côte, avec qui veut. C'est une conversation que j'aime bien.
« Et le charme, alors ? »
Là, je ne discute pas. Le charme existe. La chaleur du geste, la pochette qu'on sort de la caisse, le rituel — c'est vrai, et c'est beau.
Simplement, mon dos est prêt à faire cette concession-là, en échange de tout ce qui précède.
Qui doit briller ce soir-là
Certains DJ viennent avec de vraies galettes. D'autres mixent des fichiers numériques à travers des vinyles time code — des disques qui ne contiennent aucune musique, seulement un signal que l'ordinateur lit pour reproduire le geste et la sensation des platines. C'est leur choix, et je le respecte : chacun construit son métier comme il l'entend.
Le mien est ailleurs. Sur un mariage, les seuls qui doivent briller, ce sont les mariés, leurs familles et leurs invités. Pas le DJ. Surtout pas moi.
Comme je le dis souvent : je préfère être reconnu plutôt que connu. Ce ne sont pas les mêmes mots, et ce n'est pas le même métier.
Des mariages comme celui-là, j'en anime chaque saison entre Lille, la métropole et le reste des Hauts-de-France — j'ai raconté ici les salles que j'y connais. Et la question du vinyle revient partout, avec la même réponse.
Alors non, je ne viendrai pas mixer votre mariage en vinyle. Je viendrai avec 18 000 titres, une oreille sur votre piste, et de quoi dire oui à une dame en manteau de fourrure.
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Deejay & animateur de mariage
Parce qu'un mariage ne se vit qu'une seule fois.
